Par -5 °C, un robinet qui ne débite plus rien alors que le reste de la maison fonctionne : un tronçon de canalisation a gelé, presque toujours dans un local non chauffé — garage, cellier, vide sanitaire. Le vrai danger n'est pas le gel lui-même mais le dégel : la glace a dilaté le tube, et c'est au retour de l'eau que la fissure se déclare. D'où une méthode précise : chaleur douce, progressive, et surveillance. Le chalumeau, lui, est formellement proscrit.
Fermez d'abord l'arrivée d'eau générale — si le tube est fissuré, le dégel provoquera la fuite —, ouvrez le robinet desservi par le tronçon gelé, puis réchauffez progressivement au sèche-cheveux ou aux chiffons d'eau chaude, du robinet vers la zone gelée. Jamais de flamme : le chalumeau fait éclater les tubes et fond le PER.
Les signes qui ne trompent pas
- Un seul robinet muet par grand froid, le reste fonctionne
- Filet d'eau qui diminue puis s'arrête aux heures les plus froides
- Givre ou condensation blanche visible sur un tronçon de tuyau
- Tube métallique déformé, légèrement bombé au niveau du gel
- Compteur bloqué et vitres givrées dans le regard extérieur
Les causes possibles
1Un tronçon traverse un local non chauffé sans isolation
Garage, cave ventilée, cellier, combles, vide sanitaire : dès que la température y descend sous zéro plusieurs heures, l'eau immobile dans le tube gèle. Les points les plus exposés sont les tuyaux plaqués contre un mur extérieur ou passant devant un soupirail. Un manchon de mousse aurait suffi, il suffira après dégel.
2Le compteur ou le regard extérieur a gelé
Le regard du compteur, enterré en limite de propriété, gèle par grand froid prolongé si sa plaque isolante manque. Symptôme : plus d'eau du tout dans la maison. La protection du compteur incombe à l'abonné : un compteur éclaté par le gel est facturé, comptez 100 à 300 € selon le service des eaux.
3La purge d'hivernage n'a pas été faite
Robinet de jardin, arrosage, alimentation d'une dépendance : ces circuits doivent être vidangés avant l'hiver via leur vanne de purge. Restés en eau, ils gèlent dès les premières nuits négatives et fendent robinets et clapets. La fuite se révélera au printemps, à la remise en eau — d'où des dégâts différés troublants.
4Une vague de froid exceptionnelle a surpris l'installation
Même une installation correcte cède face à un froid rare : coupure de chauffage prolongée, vent glacial sur une façade, -10 °C plusieurs nuits. Les tubes en PER et multicouche tolèrent mieux la dilatation de la glace que le cuivre ou l'acier, mais leurs raccords, eux, restent vulnérables. La vigilance vaut pour tous les matériaux.
La méthode, étape par étape
- 1
Coupez l'arrivée générale avant tout dégel
Réflexe contre-intuitif mais capital : fermez le robinet d'arrêt général. Si la glace a fissuré le tube — invisible tant que tout est solide —, l'eau jaillira dès le dégel. Arrivée coupée, la fuite éventuelle se limitera au contenu du tuyau. Préparez serpillières et seau à proximité du tronçon suspect, au cas où.
- 2
Ouvrez le robinet desservi par le tronçon gelé
Laissez ouvert le robinet alimenté par la canalisation bloquée : il servira d'échappement à la vapeur et à la pression pendant le réchauffage, et son premier gargouillis annoncera la victoire. Repérez ensuite le tronçon gelé en suivant le tuyau dans les zones froides : givre, condensation ou froid intense au toucher le trahissent.
- 3
Réchauffez progressivement, en partant du robinet
Au sèche-cheveux en balayage constant, ou avec des serviettes imbibées d'eau chaude renouvelées toutes les cinq minutes, réchauffez le tube en progressant du robinet ouvert vers le cœur de la zone gelée — jamais l'inverse, pour laisser l'eau fondue s'évacuer. Comptez trente à soixante minutes de patience pour un gel franc. Un radiateur soufflant orienté vers le tronçon complète l'attaque.
- 4
Bannissez toute flamme, sans exception
Chalumeau, lampe à souder, décapeur thermique poussé à fond : ces solutions expresses font passer le tube de -5 à 150 °C, la vapeur enfermée fait éclater le cuivre, les soudures fondent, le PER et le multicouche sont détruits — et l'incendie guette poutres et isolants. Aucun plombier sérieux ne dégèle à la flamme un réseau domestique.
- 5
Rouvrez l'eau et traquez la fuite pendant une heure
Quand le robinet redébite franchement, fermez-le, rouvrez l'arrivée générale et inspectez le tronçon dégelé au chiffon sec : chaque raccord, chaque soudure, chaque portion déformée. Surveillez une heure, puis à nouveau le lendemain. Le moindre suintement impose une réparation : un tube fragilisé par le gel lâche rarement au bon moment.
- 6
Isolez immédiatement le tronçon coupable
Ne remettez pas la leçon au printemps : posez des manchons de mousse fendus (2 à 5 € le mètre) sur tout le parcours froid, calfeutrez le soupirail, isolez la plaque du regard de compteur. Pour un local régulièrement sous zéro, un câble chauffant antigel thermostaté, autour de 30 à 80 €, met le tronçon définitivement à l'abri.
Outils et matériel à prévoir
- Sèche-cheveux ou radiateur soufflant
- Serviettes et eau chaude
- Seau et serpillières
- Lampe frontale
- Manchons isolants fendus
- Câble chauffant antigel thermostaté
- Ruban adhésif armé
- Gants
Combien ça coûte ?
Le dégel maison coûte le prix des manchons : 2 à 5 € le mètre, plus 30 à 80 € pour un câble chauffant. Un plombier facture 150 à 300 € un dégel localisé, davantage en urgence de nuit. La réparation d'un tube éclaté va de 200 à 600 € selon l'accès, et un compteur gelé remplacé par le service des eaux coûte 100 à 300 €.
Quand faire appel à un plombier ?
Appelez un plombier si le tronçon gelé est inaccessible — encastré, en vide sanitaire exigu, enterré —, si l'eau ne revient pas après une heure de chauffe méthodique, ou si une fuite se déclare au dégel : il dispose de dégeleuses électriques par impulsion et répare dans la foulée. Contactez le service des eaux, et non un artisan, pour tout ce qui touche au compteur lui-même : son remplacement leur appartient.
Éviter que ça recommence
Avant l'hiver : purgez robinets extérieurs et circuits d'arrosage, gainez de manchons tout tuyau en local froid, isolez le regard du compteur. Par grand froid : maintenez les locaux à risque hors gel autour de 5 à 10 °C, laissez éventuellement couler un mince filet d'eau la nuit sur le point le plus exposé, et fermez l'eau en cas d'absence prolongée.
Vos questions, nos réponses
Combien de temps faut-il pour dégeler une canalisation ?
Au sèche-cheveux ou aux linges chauds, comptez trente minutes à une heure pour un tronçon accessible d'un à deux mètres. Le retour de l'eau s'annonce par des gargouillis au robinet resté ouvert. Si rien ne bouge après une heure, le bouchon de glace est ailleurs ou hors d'atteinte : place au professionnel.
Le PER résiste-t-il mieux au gel que le cuivre ?
Oui, sa souplesse lui permet d'encaisser plusieurs cycles de gel sans rompre, là où le cuivre et l'acier se fendent dès que la glace les dilate. Mais ses raccords mécaniques, collecteurs et robinets restent aussi vulnérables que sur un réseau métallique. L'isolation s'impose donc quel que soit le matériau, PER compris.
Qui paie si le compteur d'eau a gelé ?
L'abonné, dans la quasi-totalité des règlements de service : la protection du compteur contre le gel lui incombe, plaque isolante dans le regard comprise. Comptez 100 à 300 € pour un remplacement. Signalez immédiatement le gel au service des eaux sans tenter de dégeler le compteur vous-même, encore moins à la flamme.
Mon assurance couvre-t-elle un tuyau éclaté par le gel ?
La garantie dégât des eaux couvre en général les dommages causés par l'eau au logement et au mobilier, mais pas toujours la réparation du tube ni les tronçons extérieurs ou enterrés. Certains contrats excluent les locaux non chauffés ou imposent des mesures d'hivernage. Relisez vos conditions et déclarez le sinistre sous cinq jours ouvrés.
Puis-je le faire moi-même sans risque ?
Oui pour les gestes simples décrits ici, à condition de couper l'eau (et l'électricité si un appareil est concerné) avant d'intervenir. Dès qu'il faut souder, toucher au gaz ou ouvrir un appareil sous garantie, confiez la suite à un professionnel : une erreur coûte souvent plus cher que l'intervention.
Combien de temps prend ce type d'intervention ?
Pour un bricoleur équipé, comptez de 30 minutes à 2 heures selon l'accessibilité et l'état des pièces. Un artisan expérimenté va deux à trois fois plus vite, diagnostic compris. Prévoyez toujours une marge : un raccord grippé ou une pièce introuvable peut rallonger l'opération.
Le geste est-il couvert par mon assurance habitation ?
L'assurance couvre les dégâts des eaux consécutifs (plafond du voisin, parquet gondolé), pas la réparation de la pièce d'origine ni l'usure normale. Conservez photos et factures : elles accélèrent l'indemnisation si la panne provoque un sinistre. En location, l'entretien courant revient au locataire.
Quelles marques de pièces privilégier ?
Restez sur des fabricants reconnus — Geberit, Grohe, Wirquin, Siamp, Watts, Comap — dont les pièces détachées restent disponibles des années. Une pièce premier prix se remplace souvent deux fois plus vite, et les cotes approximatives compliquent l'étanchéité. En magasin, apportez l'ancienne pièce pour comparer.
Faut-il couper l'eau avant d'intervenir ?
Oui, presque toujours : fermez le robinet d'arrêt local s'il existe, sinon la vanne générale au compteur. Ouvrez ensuite un robinet en point bas pour purger la pression résiduelle. Ce réflexe de 30 secondes évite la giclée au démontage et transforme une réparation simple en intervention sereine.
